De la difficulté d’envoyer une bouteille à la mer de la plage par vent Sud Sud Est…

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J’aurais préféré la jeter du large ou d’une crique déserte ma bouteille à la mer d’avant le départ…
Ça aurait été plus romanesco-poétique comme geste…
mais je ne visais pas ça… cette première bouteille lancée d’ici et pas de là bas, je voulais qu’elle raconte ici ce qui coule là bas… je voulais parler avec les gens qui barbotent en Méditerranée entre les bouées des 300 mètres et les plages de galets… je voulais savoir si ils savaient qu’ils se baignaient bien dans la même mer que celle où se sont noyées sans bruit 10 000 Personnes depuis 2014. Oui Personnes, j’ai bien dit Personnes et c’est ce terme au lieu de celui de « Migrant » qui choque quelques-uns de mes interlocuteurs en maillot de bain, pas le chiffre, le terme : « Ah oui, vous voulez dire des mi
grants ?» Non non je veux dire des personnes, des gens, comme vous et moi, comme vous mais euh… sans bouée, sans flotteurs, sans crocodile gonflable… enfin des humains quoi !
Vous croyez que c’est la même mer celle d’ici et de là-bas ?
– Mais non, n’exagérons rien !
Ah ouf j’ai dit ! (Oui, parce que les gens aussi sûrs d’eux, ça me rassure instantanément)
Ah ouf j’ai dit, parce que, si ce serait la même mer, ce serait un peu… euh… (oui, des fois, je me cache derrière une conjugaison approximative pour affirmer la bonne foi de ma naïveté)… un peu … enfin, ce serait pas trop bien, hein, si c’était la même ?
– Mais non, c’est pas la même mer, c’est … c’est en face, là bas, là de l’autre côté.
C’est rassurant le flou artistique de cet au
tre côté lointain… ça a aussi dilué les images qui venaient troubler mon eau de baignade cet été, les jours où j’avais juste envie de voir sauter et s’éclabousser les enfants en maillot de bain…
J’ai dit que j’allais y aller, là-bas, mais qu’avant je voulais envoyer un message à quelqu’un qui était de l’autre côté justement, qui allait partir cette nuit sûrement.
J’ai demandé à des gens de m’aider pour amener ma bouteille un peu loin, parce que j’avais pas de maillot de bain et que là avec les vagues, si je la lançais, ça n’allait pas marcher…
On m’a dit qu’il fallait pas faire ça, que ça polluait.
C’est le plastique qui pollue, pas le verre, elle est en verre ma bouteille…
– Peu importe même si ça pollue pas, ça fait sale quand ça vient s’échouer sur la plage.
C’est vrai que ça fait dégueu… mais moi quand
je pense qu’il a des gens au fond de l’eau je trouve ça un peu… aussi… pas dégueu mais comment dire… enfin… j’aimerais mieux me dire qu’il a que des poissons au fond de l’eau, pas des chaussures d’enfants… ça les chaussures d’enfants, quand c’est en plastique en plus, ça doit être beaucoup plus polluant qu’une bouteille en verre avec un message dedans.
– Ce que vous risquez, madame c’est que le bateau poubelle la ramasse dans son filet, parce qu’il passe souvent pour nettoyer.
Une vague en colère a roulé plus loin que les autres, a rejeté deux baigneurs sur la plage et englouti une paire de tongs jaunes en plastique.
-Moi, si je devais envoyer un message à quelqu’un en face j’écrirais : « Bon courage » a dit la dame aux cheveux gris avec un sourire très doux…
Mais sur la plage perso
nne n’a bien voulu nager avec ma bouteille pour la jeter loin des vagues.
Le parachutiste ascensionnel, il n’a pas voulu non plus, parce qu’on n’a pas le droit de lancer des choses du ciel, parce que vous imaginez… quand même… c’est une bouteille en verre, si ça tombe sur la tête de quelqu’un c’est pas comme une bouteille en plastique… bîn non bien sur, mais le plastique… ça pollue.
Alors j’ai fait le tour de Ruba Capéu en regardant la mer en bas avec ma bouteille à la main… je commençais vraiment à désespérer avec tous ces rochers en bas… à me dire que les sms c’était une sacrée invention quand même… ça devait se voir que je désespérais parce qu’une dame a cru que je pensais sauter et laisser mes dernières volontés dans la bouteille… et y’a une petite fille rousse en robe rouge qui me regardait chercher un endroit, qui a dit à ses parents « elle va lancer une bouteille à la mer t’as vu ! »… et quand je l’ai lancée sous ses yeux émerveillés … la première vague l’a rabattue sur les rochers et malgré son filet de protection, elle a explosé ma bouteille… et les papiers blancs et l’écriture rouge, les mots et les lettres sont restés sur place à danser dans les vagues … et la petit fille à dit : « Bin c’est normal, une bouteille à la mer, il faut la lancer de la mer ».

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